Opinion : pourquoi la polémique autour de Mignonnes de Maïmouna Doucouré nous prouve que ce film est nécessaire

Le premier long métrage de Maïmouna Doucouré, Mignonnes, est sorti en salles en France le 19 août. Aux États-Unis, il sortira le 9 septembre sur Netflix. Depuis l’annonce de la plateforme, les critiques contre le film fusent, sans même que les gens l’aient vu. Pourtant, Mignonnes est un film nécessaire qui dénonce un des diktats de notre société.

Mignonnes est sorti en salles en France le 19 août. En février dernier, il a reçu le prix de la réalisation au festival de Sundance, le plus gros festival de cinéma indépendant aux États-Unis et dans le monde. Les critiques françaises sont plutôt positives, mais désormais, le premier long métrage de Maïmouna Doucouré, est au milieu d’une polémique. Beaucoup d’internautes dénoncent le film, sans même l’avoir vu : il ferait la promotion de la pédophilie, de l’islamophobie et il hyper-sexualiserait les jeunes filles. Ces réactions violentes font suites à une mauvaise promotion de la part de Netflix US, où le film doit sortir le 9 septembre. Un déferlement de haine s’est abattu sur le film et sa réalisatrice, qui a d’ailleurs supprimé son compte Twitter.

À gauche, l’affiche française. Elle résume parfaitement ce que montre le film : des jeunes adolescentes en quête d’identité. Plusieurs fois, le film nous rappelle que ce ne sont qu’encore des enfants, qui veulent grandir trop vite. À droite, l’affiche américaine dévoile juste des enfants hypersexualisés, dans des positions lascives. Cette affiche a créé un tollé sur la toile. Les réactions sont compréhensibles et justifiées à la vue des poses des jeunes filles. Le problème c’est que cette affiche va justement à l’encontre de ce que Maïmouna Doucouré dénonce avec justesse dans son film : l’hypersexualisation des femmes, qui commence très tôt.

L’hypersexualisation, diktat de notre société

Mignonnes suit Amy (Fathia Youssouf), 11 ans, tiraillée entre deux modèles de féminités. L’un incarné par sa mère, musulmane pratiquante (inspiré par le vécu de la réalisatrice) et qui accepte à contre cœur, la polygamie de son mari. L’autre par un groupe de jeunes filles de son âge, appelées « Mignonnes ». Elles sont danseuses et se préparent à un concours local. Amy se lie d’amitié avec ce petit groupe populaire. 

Amy semble plus épanouie avec cette nouvelle bande de copines. La photographie et la lumière le montre d’ailleurs. Quand elle est chez elle, les couleurs sont plus ternes et sombres mais quand elle est dehors avec ces nouvelles amies, les couleurs sont plus vives et lumineuses. Tout comme ses habits, qui représentent aussi son tiraillement entre ces deux modèles de féminités, où l’on dit à la femme ce qu’elle doit faire. C’est un film sur une ado qui se cherche.

Amy apprend à ses copines des nouveaux mouvements bien trop suggestifs pour leurs âges. Ce groupe trouve leur inspiration dans des chorégraphies sur internet, très facile d’accès, où les femmes sont objectifiées et hypersexualisées. Maïmouna Doucouré dénonce ce problème de notre société moderne. Sur les réseaux sociaux, dans les clips, les films, les séries, les pubs… partout, on voit des représentations hypersexualisées des femmes. Les jeunes filles sont confrontées à ces images dès leurs plus jeunes âges, et c’est ça que montre Mignonnes. Tout le but du film c’est de dénoncer ces injonctions faites aux petites filles.

Le problème c’est que Netflix a fait une mauvaise pub au film et que beaucoup le juge sur cette erreur de promotion. Actuellement, une grande partie des critiques sont basées sur l’affiche choisie par Netflix US. Si la plateforme s’est excusée, la polémique ne semble pas redescendre et c’est bien dommage pour ce film féministe.

Tout le film est tourné du point de vue d’Amy. Le regard féminin et bienveillant de la réalisatrice permet d’approcher ce sujet sensible. Lors d’une scène de représentation de danse, la caméra passe plus de temps sur les visages perturbés du public et du jury que sur le groupe de jeunes filles. Parce que oui, c’est dérangeant de voir des filles de 11 ans twerker mais à aucun moment on se sent voyeurs et c’est ça toute la force et l’intelligence du film. Tout est fait pour rester à hauteurs d’enfant. Le regard de la caméra, c’est celui que ces jeunes filles ont sur elles-mêmes. Mais pour se rendre compte de ça, il faut se rendre en salles. Libre à ceux qui ont vu le film de ne pas l’aimer, chacun ses goûts. Mignonnes est néanmoins un film nécéssaire puisqu’il interroge sur l’un des grands maux de notre société actuelle : l’hypersexualisation des femmes. Il questionne aussi la place des femmes dans notre société et comment devenir une femme aujourd’hui.

  • 2015 : Sortie de son court-métrage Maman(s)
  • 2017 : César du meilleur court-métrage pour Maman(s)
  • 8 mars 2019 : Maïmouna Doucouré reçoit l’Academy Gold Fellowship for Women par l’Académie des Oscars, pour célébrer les réalisatrices
  • Février 2020 : Prix de la meilleure réalisation au festival Sundance
  • 19 août 2020 : Sortie en salles de Mignonnes

Margot Douétil

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