Des femmes et des caméras – chapitre 2

En septembre 2019, nous vous recommandions plusieurs films brillamment réalisés par des femmes. Juin 2020, les réalisatrices sont toujours trop peu nombreuses sur nos écrans. Alors que le Festival de Cannes annonce sa sélection pour 2020, sur 56 films, seulement 13 sont réalisés par des femmes (deux de plus qu’en 2019). Nous voilà donc de retour avec une nouvelle liste de films à consommer sans modération. 

  • Emma. (2019) de Autumn de Wilde
© Working Title Films

Les adaptations des livres de Jane Austen ne sont pas choses nouvelles. Du merveilleux Orgueils et Préjugés (2005) de Joe Wright au Raison et sentiments (1995) d’Ang Lee, le choix est grand. Emma, le quatrième roman de Jane Austen, a aussi eu le droit à ses adaptations comme celle de 1996 avec Gwyneth Paltrow dans le rôle titre ou Clueless un teen movie américain de 1995. C’est maintenant au tour d’Autumn de Wilde de s’y atteler pour son premier film.

Roman de Jane Austen oblige, l’histoire se déroule dans la campagne anglaise du XIXe siècle. Emma Woodhouse (Anya Taylor-Joy) est une jeune femme riche, snob et égoïste dont le passe temps préféré est de jouer les entremetteuses. Seulement, elle affirme qu’elle ne se mariera jamais à la grande joie de son père (Bill Nighty). 

Après le départ de sa gouvernante, Emma s’attache à Harriet Smith (Mia Goth), une jeune fille pauvre et la prend comme demoiselle de compagnie. Sous l’oeil réprobateur de son ami et voisin M. Knightley (Johnny Flynn), Emma va vouloir trouver un bon parti pour sa jeune amie, quitte à blesser tout son entourage au passage. 

La version d’Autumn de Wilde reste fidèle à l’histoire créée par Jane Austen : une comédie qui mélange malentendus amoureux et satire de la vieille aristocratie anglaise. Esthétiquement, Emma. semble faire quelques clins d’oeil à Wes Anderson (The Grand Budapest Hotel, Moonrise Kingdom, L’Île aux chiens), chaque détail étant finement réfléchi. Un pur bonheur pour les yeux mais aussi une adaptation plus que réussie pour tous les fans d’Austen.

  • L’extraordinaire Mr. Rogers (2020) de Marielle Heller 
© Sony Pictures

Fred Rogers est un nom qui ne dit pas grand chose en France. Pourtant de l’autre côté de l’Atlantique, il a marqué des générations en animant de 1968 à 2001 Mister Rogers’ Neighborhood. Dans cette émission toute en chansons, il aidait les enfants autant à gérer leurs émotions qu’à faire face au divorce de leurs parents.

Attention, L’extraordinaire Mr. Rogers n’est pas un biopic et donc ne dresse qu’un portrait partiel de la légende américaine qu’est Fred Rogers. Pour une oeuvre plus complète, il faut se tourner vers le documentaire Won’t you be my neighbor (2018) de Morgan Neville. 

Marielle Heller s’inspire ici d’une histoire vraie. Lloyd Vogel (Matthew Rhys) est un journaliste du magazine Esquire missionné par sa rédactrice en chef de faire le portrait de Fred Rogers. Habitué à traiter des sujets plus piquants, il veut dévoiler les travers de ce soi-disant bon samaritain. Sauf que Mr Rogers – interprété brillamment par Tom Hanks – semble bien être la bonté même.

Rapidement, un lien se crée entre les deux hommes et Fred Rogers va pousser le journaliste à se confier, ce dont il a terriblement besoin. Une séance de thérapie qui a trop tardé. Le Fred Rogers du film comme celui de la vraie vie n’est jamais le centre de l’attention. Il fait simplement ce pourquoi il est doué : écouter. 

Avec L’Extraordinaire Mr. Rogers, Marielle Heller fait le pari des bons sentiments sans jamais tomber dans le mièvre. Ce film célèbre la bienveillance à un moment où elle manque cruellement. Attention, même les plus cyniques peuvent se laisser embarquer par le récit. Car au fond, nous sommes un peu tous comme Lloyd, des faux cyniques ayant juste besoin de parler. 

Disponible sur Prime Vidéo. 

  • Selah and the spades (2020) de Tayarisha Poe
© Amazon Studios

Que dire des teen movies, ce genre (injustement) déprécié ? Leurs scénarios suivent généralement les mêmes schémas mais chacun essaie de se démarquer à sa manière. Avec son premier long-métrage Selah and the spades, Tayarisha Poe s’attaque à l’exercice avec brio. Son succès au festival américain du cinéma indépendant Sundance en 2019, en est la preuve. 

Bienvenue à Hadwell, un internat de Pennsylvanie où les clans règnent. Les Sea, Skins, Bobbies, Prefects et Spades ont chacun un rôle à jouer : certains sont des spécialistes de la tricherie, d’autres s’occupent des paris sportifs ou d’organiser des soirées illégales. Les Spades, quant à eux, sont en charge de l’alcool et des drogues. À la tête de cette mafia adolescente, Selah Summers (Lovie Simone), aussi intelligente que impitoyable. 

Bien que nouvelle à Hadwell, Paloma (Celeste O’Connor) apprend rapidement les règles du jeu auprès des Spades. Si Selah la prend sous son aile, elle craint rapidement qu’on lui vole son trône. Entre guerres de clans, ados mal dans leur peau et petites vengeances, le scénario n’est pas d’une originalité incroyable. Ce qui rend Selah and the Spades si spécial est bien le personnage de Selah elle-même. 

Il est rare de voir une jeune femme – surtout une de couleur – aussi complexe en tête d’affiche. Obsédée par le pouvoir, Selah ne recule devant rien pour garder sa place au sommet de la chaîne alimentaire. Plusieurs scènes nous rappellent qu’au fond, elle reste une adolescente avec ses faiblesses. Ajoutez à cela une photographie renversante et voilà les clés du succès de Selah and the Spades. Même le réalisateur Barry Jenkins vous le recommande. 

Disponible sur Prime Vidéo.

  • L’Adieu (2020) de Lulu Wang
© DCM

La société de production américaine A24 déçoit rarement. Quand on veut parler de ces dernières réussites, Moonlight de Barry Jenkins, Lady Bird de Greta Gerwig, Eighth Grade de Bo Burnham ou Uncut Gems des frères Safdie viennent à l’esprit. Avec son deuxième long métrage, L’Adieu, la réalisatrice Lulu Wang vient s’ajouter à la liste. 

La rappeuse et actrice Awkwafina campe le rôle de Billi Wang, une jeune femme sino-américaine née en Chine mais élevée aux États-Unis. Quand elle apprend que sa grand mère Nai Nai (Shuzhen Zhao) va bientôt mourir, Billi décide d’accompagner ses parents en Chine. Un dernier voyage pour un dernier au revoir. 

Lulu Wang l’affirme, son film est « basé sur un mensonge réel ». Nai Nai ignore tout de la maladie qui la ronge petit à petit. Ses proches ont décidé de lui cacher cette triste vérité et prétextent un mariage pour tous lui rendre visite. Ayant grandi bien loin des traditions chinoises, Billi a du mal à accepter à la situation. 

Ce doux long-métrage intergénérationnel ramène aux sources pour mieux montrer les fossés que le temps creuse. Tout semble séparer la famille Wang, déchirée entre coutumes et modernité. Mais leur amour pour Nai Nai sera plus fort que les différences culturelles. Habituée aux rôles comiques, Awkwafina est une force tranquille dont l’alchimie avec l’incroyable Shuzhen Zhao émeut plus d’une fois.  

Disponible en VOD.

  • Buffaloed (2019) de Tanya Waxler 
© Magnolia Pictures

C’est une vérité communément admise que Zoey Deutch est un véritable trésor américain. Sa filmographie regorge autant de films très mauvais (Vampire Academy, The Boyfriend : pourquoi lui ?) que de comédies romantiques modernes (Petits coups montés) et long métrages indépendants méconnus (Flower). Peu importe ses rôles ou la qualité du scénario, elle arrive à voler la vedette à tous ceux qui l’entourent comme dans The Politician, la série – un peu ratée – de Ryan Murphy sur Netflix. 

Buffaloed ne fait pas figure d’exception. Elle y incarne Peg Dahl, une jeune fille venant d’un milieu très modeste et habitant toujours chez sa mère (Judy Greer) à Buffalo (New York). Depuis son plus jeune âge, Peg a une seule ambition : devenir riche peu importe les moyens. Malheureusement les siens, en l’occurrence la vente de faux billets de baseball, la conduisent en prison. 

En en sortant, Peg se retrouve criblée de dettes et n’est pas prête de quitter son Buffalo natal. Pour se refaire une fortune, elle se lance dans le milieu du recouvrement de dettes. Peg est plus intelligente que la moyenne mais surtout que la plupart des chasseurs de dettes de Buffalo. À force de s’imposer, elle se retrouve en guerre avec le roi du business, Wizz (Jai Courtney). 

Avec ses airs de The Big Short, Buffaloed arrive à séduire. Le scénario peut donner l’impression de partir dans tous les sens mais c’est ce qui fait le charme de ce petit film indépendant. Avec ses nombreux monologues et son incroyable énergie, Zoey Deutch tient tout le film sur ses épaules. Après tout, c’est elle la vraie attraction de Buffaloed

Marine Langlois

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