De « Hors Normes » à « Atypical », la représentation de l’autisme sur nos écrans

Généralement décrits comme des génies incapables de s’adapter aux codes sociaux, les personnages autistes de films et de séries contribuent à véhiculer un certain nombre de clichés. Pourtant, de nouveaux programmes se développent pour tenter de donner une représentation plus juste des troubles autistiques.

Quand il s’agit de trouver un exemple de personnage autiste sur nos écrans, beaucoup penseront à Sheldon Cooper, l’un des héros de la série The Big Bang Theory. Un génie incompris, un homme-adolescent qui ne connait rien aux rituels sociaux et qui se raccroche à ses tocs comme à une bouée de sauvetage. Pourtant, le personnage de Sheldon ne fait que relayer des idées préconçues sur les troubles autistiques, en particulier le cliché que ces personnes sont des génies au niveau intellectuel mais en retard au niveau émotionnel. 

Techniquement, on ne peut pas vraiment parler « d’autisme ». Il n’en existe pas qu’une seule forme, chaque condition est différente. On parle donc de « troubles du spectre de l’autisme » (TSA). En France, les TSA concernent environ 700 000 personnes. Or ces personnes sont souvent représentées de la même façon sur nos écrans. 

Une représentation controversée dans Hors Normes

Le film d’Olivier Nakache et Éric Toledano sorti en 2019 a au moins le mérite d’aborder sur grand écran le sujet des personnes atteintes de TSA dits « sévères », celles pour qui les institutions médicalisées n’ont pas trouvé de place. Inspiré d’une histoire vraie, Hors Normes met en scène le quotidien des responsables de l’association Le Silence des Justes, qui vient en aide à ces personnes. 

Si le long-métrage a été encensé pour sa critique du système administratif et médical (il a d’ailleurs reçu le César des lycéens au début du mois de mars), certaines associations lui reprochent d’avoir donné une représentation réductrice des personnes autistes, ce qui pourrait renforcer les préjugés et l’exclusion. 

Le Collectif pour la liberté d’expression des autistes a entre autres accusé le film d’aborder sans traiter la difficulté de l’insertion professionnelle : « Sur l’inclusion professionnelle en tant que telle, on ne parlera jamais d’aménagements, de formation ni d’accompagnement dans l’entreprise, laissant croire à une autonomie factice, écrit l’association dans un communiqué. L’inclusion professionnelle rate car on ne voit pas de sensibilisation au handicap et à l’autisme dans l’entreprise. Il est traité de manière inférieure. »

Le handicap dans le monde du travail 

La question de l’insertion professionnelle des personnes autistes est toutefois abordée dans d’autres productions télévisuelles. C’est notamment le cas dans la série The Good Doctor, où le personnage principal, atteint du syndrome d’Asperger, est interne dans un hôpital américain. Quant à la série Atypical, diffusée depuis 2017 sur Netflix, elle dépeint le quotidien de Sam, un adolescent sur le spectre. En plus de décrire ses interactions sociales en évitant les clichés, la série montre l’évolution de Sam dans le monde professionnel, puisqu’il travaille à mi-temps dans un magasin d’électronique. Certes, son emploi n’est pas au cœur de l’intrigue, mais ses rencontres avec les clients permettent d’aborder la question des interactions sociales au travail.

Pour certaines personnes atteintes de TSA, il peut s’agir d’un point très sensible. La Chouette, une bloggeuse anonyme atteinte du syndrome d’Asperger, a lancé en 2018 un podcast pour raconter son quotidien. Dans « Volutes Sonores », elle explique notamment sa difficulté à s’insérer dans le monde du travail : « Tous les matins en me levant j’ai des douleurs au crâne, je suis stressée à l’idée de devoir sortir et interagir avec des êtres humains toute la journée. » Elle explique d’ailleurs qu’elle préfère manger seule le midi pour recharger ses batteries, mais que cela peut être mal vu en entreprise – elle craint d’être perçue comme une personne qui ne veut pas s’intégrer. 

Correctrice dans une maison d’édition, elle explique toutefois que sa différence par rapport à ses collègues fait également sa force. Sa sensibilité au détail lui permet de repérer aisément la moindre erreur, la moindre incohérence : « L’écriture, pour moi, c’est un peu comme l’écoute d’une musique. Le mot est au texte ce que la note est à la portée. S’il y a un mot ou même une syllabe qui est dissonante, ça va vraiment faire comme une fausse note à mes oreilles. » 

À la télévision, la question de l’insertion professionnelle des personnes atteintes de TSA devient un peu plus abordée. Pas seulement par des chaînes américaines, d’ailleurs : la série franco-belge Astrid et Raphaëlle, diffusée depuis 2019, raconte entre autres l’histoire d’Astrid Nielsen, documentaliste pour la police judiciaire et atteinte du syndrome d’Asperger.

Un challenge au quotidien

Au-delà de la question du monde du travail, ces séries abordent de façon générale les obstacles que représentent les TSA au quotidien. Pour s’adapter à son environnement parfois écrasant, La Chouette raconte dans son podcast les mécanismes qu’elle a développés : « Je mets mon casque anti-bruit, cet objet qui a totalement transformé mon existence. » Dans Atypical, Sam utilise également ce genre de casque, qui lui permet d’atténuer les stimulations sonores qui peuvent le perturber. La série montre également la possibilité d’adapter les structures du quotidien pour rendre la vie des personnes sur le spectre plus facile. Ainsi, Paige, la petite-amie de Sam, convainc l’association des parents d’élèves d’organiser un bal silencieux au lycée, où la musique serait diffusée dans des casques données aux élèves et non à travers des enceintes, afin que Sam puisse y participer, comme tout le monde. 

Paige est un personnage qui cherche avant tout à comprendre la façon dont Sam perçoit le monde. Dans la saison 3, elle déclare d’ailleurs : « Parfois, j’oublie que tu rencontres des difficultés auxquelles je ne pense même pas ». La série dépeint également deux types de personnes dans l’entourage des individus autistes. Il y a celles dont l’existence tourne autour de cette condition, comme la mère de Sam, qui rencontre régulièrement un groupe de soutien et se plie en quatre pour rendre le quotidien de son fils plus facile. Et puis il y a celles comme Casey, la petite sœur de Sam, qui le considère comme une personne normale, tout en ayant conscience de ses difficultés et en étant toujours présente pour lui venir en aide. 

Cette série feel good montre avant tout qu’il n’existe pas qu’une seule façon de gérer les TSA au quotidien, puisque chaque trouble est différent. Elle permet également de se mettre dans la peau de Sam, et de réaliser à quel point le monde peut être confus pour lui. De même, la série israélienne On the spectrum a pour but de bousculer les clichés en montrant le quotidien de trois colocataires autistes et leurs difficultés à évoluer dans la vie de tous les jours. Lancée en 2018, la série a été récompensée du Grand prix du jury du festival lillois Serie Mania cette même année.

Encore des progrès à faire 

Malgré le succès d’Atypical ou d’On the spectrum, une critique majeure peut être faite aux séries qui traitent des troubles autistiques : elles n’emploient pas des acteurs eux-mêmes atteints de TSA. Un article de Konbini explique ainsi que la représentation du spectre est encore trop limitée dans ces programmes : « Les femmes autistes sont en effet encore sous-diagnostiquées, et donc peu représentées à l’écran, tandis que les personnes autistes LGBTQ+ et/ou de couleur sont les grandes oubliées du paysage audiovisuel. »

Pour y remédier, la chaîne américaine Freeform a lancé début 2020 la série Everything’s gonna be okay, dans laquelle un jeune entomologiste australien doit s’occuper de ses deux demi-sœurs après la mort de son père. L’une d’entre elles, Matilda, est une lycéenne autiste. Le personnage est incarné par Kayla Cromer, elle-même atteinte de TSA. Sur le site américain Bustle, elle explique qu’engager une actrice sur le spectre pour jouer ce rôle était la meilleure façon d’assurer une représentation honnête des TSA : « C’était la meilleure chose à faire, parce que Matilda n’est qu’un personnage autiste parmi d’autres. Elle ne représente pas toute la communauté autiste, parce que chaque personne a une forme différente ou des niveaux différents d’autisme. En engageant une actrice atteinte de TSA pour jouer Matilda, cela rend la performance plus juste, plus authentique et plus respectueuse. »

Ce que le site de Marianne qualifie comme « étrange passion sérielle pour les autistes » est en réalité une tentative de donner aux personnes touchées par un TSA une représentation plus juste sur nos écrans, puisqu’il est important que tout le monde ait une chance de pouvoir s’identifier aux personnages de séries.

Laurène Rocheteau

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