La "comfort food" pour survivre au confinement

Manger un petit gâteau, une poignée d’amandes dès qu’on passe devant la cuisine ? Ne pensez qu’à son prochain repas toute la journée ? Rien d’anormal à ça. La nourriture est réconfortante. Elle régule nos émotions face au stress de la pandémie et du confinement.

On ne peut plus sortir, ni se balader. On ne peut plus traîner dans les cafés, ni voir ses ami.e.s. On s’inquiète pour ses proches loin de nous. Ces temps de confinement sont difficiles. Mais au moins, il nous reste la bouffe. Dans cette situation qui génère stress et ennui, on trouve du réconfort dans les plats ou les aliments que l’on aime. C’est ce qu’on appelle la « comfort food ».

La nourriture joue ici un rôle de « régulateur émotionnel ». Selon Bulle Gaudrat, docteure en psychologie spécialisée en thérapies cognitives et comportementales, la « comfort food » nous permet de gérer le stress et les préoccupations ressenties. Mais elle n’est qu’un outil de régulation parmi d’autres. Au quotidien, toutes les activités que nous faisons participent également à la bonne gestion de nos inquiétudes. Bulle Gaudrat explique que chaque individu développe un « système équilibré de régulations émotionnelles ».

La nourriture comme régulateur émotionnel

« Quand ça ne va pas, vous sortez voir un copain, vous buvez un verre, vous allez voir votre mère, vous allez courir, vous allez faire un tennis,… », indique la spécialiste en nutrition. Mais en période de confinement, toutes ses occupations habituelles sont compromises. « Le fait d’être là, tous à l’arrêt, nous met face à nos difficultés et aux choses qu’on essaye d’éviter quand on bouge tout le temps », souligne Bulle Gaudrat.

Charlie et la chocolaterie, par Tim Burton, 2005 / Warner Bros. – Village Roadshow Pictures

La nourriture devient alors le seul réconfort qui nous reste. « D’habitude on a plein de stratégies de régulation émotionnelle. Sauf que là, la plupart ne sont plus applicables, indique la psychologue. On va donc se tourner plus facilement vers celles qui le sont encore, et la nourriture en fait partie. »

Refuge dans les plats « doudous »

Le véritable réconfort apporté par la nourriture vient du plaisir qu’elle procure. C’est pour cela que la « comfort food » est associée à des gourmandises, aussi bien sucrées que grasses. « Gustativement, c’est beaucoup plus satisfaisant que les haricots verts ou les concombres. Et comme le but dans ces situations c’est d’avoir du plaisir, nécessairement, on va plus aller vers ces aliments », souligne Bulle Gaudrat.

Pour d’autres, la bouffe est réconfortante car elle est associée à un souvenir d’enfance. Les plats qu’on a mangés petit se transforment en doudous. On les consomme comme on câlinerait sa peluche préférée. Ils nous apaisent, nous renvoient à un souvenir de bonheur ou simplement de bien-être. « Mon plat doudou, c’est les spaghettis bolognaises de ma mère », confie Dimitri, 28 ans, mécanicien. « Ce que je préfère, c’est quand elles sont réchauffées et que je fais fondre plein de gruyère râpé dessus. Ça me rappelle mon enfance. »

Un réconfort de courte durée

La « comfort food » permet donc de calmer nos émotions. Mais ce soutien affectif est temporaire pour Bulle Gaudrat : « On prend souvent l’image de Bridget Jones dans son canapé : elle pleure sur son pot de glace et ça lui fait du bien sur le coup. Mais en fait, après, elle s’est toujours fait larguer et ça ne va toujours pas ». Et si on décide tout de même de se plonger dans la glace pour se réconforter, « c’est plus pour le fait d’imaginer que ça va nous faire du bien, qu’une réelle effectivité de la stratégie », selon la psychologue.

Et manger par ennui ? Bulle Gaudrat n’y croit pas trop. « Le plus souvent, on ne mange pas parce qu’on s’ennuie mais plus parce que l’ennui va provoquer des ruminations. » Et donc l’envie de manger réapparaît. Un autre problème du confinement pour la spécialiste : toute la bouffe à disposition. « Quand je m’ennuie et que sais que j’ai de la glace dans mon congélateur, je ne vais penser qu’à ça », reconnaît Cloé, 26 ans et doctorante en chimie. Pour la psychologue, ce comportement « est plus lié au fait d’être coincé à la maison qu’à l’ennui en particulier ».

Culpabiliser ne sert à rien

Manger nous fait du bien, nous soulage de certaines angoisses que l’ennui, notamment, peut provoquer. Pourtant, très vite, on se met à culpabiliser d’avoir mangé tout le paquet de chips ou le pot de glace. On est replongé dans l’état de mal-être dans lequel on était avant d’avoir mangé. Cela devient un plaisir-coupable.

Pourtant, Bulle Gaudrat se veut rassurante : « La situation est tellement particulière qu’il faut accepter que notre comportement soit aussi un peu particulier. Et le fait de manger plus pendant le confinement ce n’est pas problématique ». Elle ajoute que « Culpabiliser n’a pas de grande utilité et il faut être un peu indulgent avec nous-même dans ces circonstances-là ».

Pour gérer au mieux cette situation, la psychologue conseille d’accepter ses craquages comme ils viennent et d’écouter sa faim. « Si j’ai grignoté à 17 heures, il faut juste attendre d’avoir à nouveau faim pour remanger. On attend, on se régule. » Dans cette situation exceptionnelle, Bulle Gaudrat recommande également de ne pas se peser : « Pas maintenant, ça ne sert à rien ».

Et si l’idée de prendre du poids vous inquiète, Bulle Gaudrat rappelle qu’il faut faire confiance à son métabolisme de base. « En moyenne, 60 à 70 % de la dépense énergétique est dépensée sans bouger. Juste pour faire battre le cœur, pousser les cheveux, faire fonctionner le cerveau, l’entretien des organes sexuels. »

Ne pas se priver et se faire plaisir

Le mot d’ordre est donc de se faire plaisir, pour vivre au mieux cette situation inédite et stressante. Et de ne surtout pas culpabiliser. D’ailleurs, calmer ses émotions en mangeant est une pratique courante. Huit français sur dix affirment trouver du réconfort dans les aliments ou plats qu’ils aiment quand ils se sentent tristes ou déprimés. C’est ce que révèle une enquête Harris Interactive pour Deliveroo, réalisée en janvier 2018.

Et c’est quand on se prive que le risque de craquage est le plus important. Comme dans un régime. C’est ce qu’on appelle la restriction cognitive. « C’est le fait de se priver un temps, de faire une séparation entre les bons et les mauvais aliments pour la santé. » Pour Bulle Gaudrat, cette situation débouche inévitablement sur un craquage… Et donc sur de la culpabilité qui va nous redonner envie de manger. C’est un cercle vicieux ! « Donc moralité : mangez des chips. »

Recette inspirée de celle de femmeactuelle.fr

Lorane Berna

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Ana dit :

    Un article très intéressant, j’ai toujours pensé que je mangeais par ennui, mais finalement peut-être pas… Ton article m’a rappelé un podcast d’émotions : Est-ce grave de manger ses émotions ? à écouter en mangeant des chips 🙂

    Aimé par 1 personne

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