Happy Christmas et Tangerine : ces films indé de Noël loin des clichés

Depuis un bon mois déjà, on peut retrouver sur nos écrans les fameux films de Noël. Bien souvent, ils mettent en scène une journaliste qui retourne dans sa ville natale et y trouve l’amour. Mais certains films dérogent à la règle et décident de traiter de sujets plus proches de la réalité. C’est le cas de Happy Christmas (2014) de Joe Swanberg et de Tangerine (2015) de Sean Baker.

Happy Christmas de Joe Swanberg (2014)

Noël approche et Jenny, une vingtenaire immature, n’a aucun plan, d’autant plus qu’elle vient de rompre avec son petit ami. Elle se rend alors à Chicago pour s’installer chez son frère Jeff, qui vit avec sa femme Kelly, une apprentie romancière, et Jude, leur fils de deux ans. Leur existence paisible va se retrouver tout à coup chamboulée.

Lena Dunham, Anna Kendrick et Jude Swanberg dans « Happy Christmas » de Joe Swanberg (2014). DR

Happy Christmas est une comédie dramatique de Joe Swanberg, considéré comme l’un des premiers cinéastes du mouvement du mumblecore – contraction de deux mots anglais mumble qui signifie marmonner et core le noyau. Ce mouvement se définit par un style de « films petits budgets habituellement caractérisés par le jeu d’acteurs non professionnels et naturalistes ou de performances improvisées. »


Ce film est sorti pour la première fois en 2014 lors du Festival de Sundance, le principal festival américain de cinéma indépendant et l’un des principaux au monde, qui se déroule dans l’Utah. En France, le film n’est sorti qu’en vidéo à la demande (VOD).

Une part de réalité dans la fiction

Jeff (Joe Swanberg) et Kelly (Melanie Lynskey), la trentaine, ont un enfant de deux ans et doivent faire face à la responsabilité d’être parent tout en s’occupant de Jenny (Anna Kendrick), la sœur de Jeff complètement perdue suite à sa rupture. Elle enchaîne les soirées et a l’air de peu se préoccuper de son impact sur la vie du couple et de leur fils Jude (Jude Swanberg). Le scénario pourrait être celui d’un film de Noël classique, sauf que des détails propre au mumblecore vont rendre ce film différent des autres et ajouter une part de réel.

L’absence de moments absurdes ou de comique de situation provenant du personnage de Jenny le rend bien plus crédible et identifiable. On voit qu’elle est perdue et qu’elle souffre. Et malgré son comportement irresponsable, elle est aidée par Kelly et Jeff. Au final, le personnage de Jenny, qui cherche à prendre un nouveau départ et un peu de réconfort auprès de sa famille, est attachant.

Dans cette dramédie, les lieux de tournage aussi participent aux facteurs d’identifications. Les personnages vivent dans des banlieues loin des gratte-ciels. En tant que spectateur, on rentre facilement dans leur quotidien. La réalité apparaît aussi grâce à ces personnages, interprétés avec justesse par l’ensemble du casting. Les acteurs ont un jeu naturel et pour cause, ils n’ont eu que deux pages de scénario, les dialogues sont donc en grande partie improvisés.

Tangerine de Sean Baker (2015)

24 heures dans la vie d’une drôle de Cendrillon qui traverse la cité des anges à la recherche de sa rivale.

Mya Taylor et Kitana Kiki Rodriguez dans « Tangerine » de Sean Baker (2015). ARP Sélection

Tangerine est une comédie dramatique de Sean Baker. Sorti en 2015, le film a été présenté au Festival de Sundance aux États-Unis et a reçu le prix du Jury au 41e Festival du film américain de Deauville.

Ce film indépendant suit pendant 24h l’histoire de deux femmes transgenres, jouées par deux femmes transgenres, Kitana Kiki Rodriguez dans le rôle de Sin-Dee Rella (NDLR. « Cinderella » – Cendrillon en anglais) et Mya Taylor dans le rôle d’Alexandra. Tangerine a été entièrement filmé à l’iPhone.

L’histoire se déroule dans un quartier de Los Angeles, loin de clichés d’Hollywood, à la veille de Noël. On découvre cette partie de la ville peu connu, à deux pas du monstre de l’industrie du divertissement, où les minorités vivent dans la pauvreté. Mais l’histoire du film correspond au scénario d’une comédie romantique ou d’un buddy movie (NDLR. Littéralement « film de potes ») : une fille a le cœur brisé par son copain et part à sa recherche pour avoir des explications. Ce scénario aurait pu être celui d’un traditionnel film de Noël, sauf qu’en y ajoutant la réalité de la vie de ce quartier, Sean Baker change la donne.

Un conte de fée ?

Los Angeles est connue pour être la ville où les rêves deviennent réalité. Pourtant, dans ce quartier et pour les minorités marginalisées, réaliser ses rêves en devient presque impossible. On ne le voit pas qu’à travers le scénario mais aussi grâce à la photographie. Beaucoup de scènes se déroulent lors de la golden hour afin de donner un côté magique voire presque irréel au déroulement du film. La photographie contraste avec le quotidien de Sin-Dee et Alexandra.

La période du film a aussi son rôle à jouer. On est à la veille de Noël, une période de l’année perçue comme magique que l’on passe avec sa famille. Dans Tangerine, on est loin de l’image traditionnelle de la famille. Sean Baker montre la relation entre les personnes transgenres qui sont représentées comme une grande famille. Souvent marginalisés, ils n’ont qu’eux pour se soutenir et s’entraider comme on le voit avec Sin-Dee et Alexandra. On le voit dès le début du film, Sin-Dee vient de sortir de prison, et la seule personne qui est là pour elle et qui lui dit « Merry Christmas Bitch ! » c’est Alexandra. Et lorsqu’Alexandra doit chanter dans un bar, c’est Sin-Dee qui est là pour la soutenir. C’est son rêve de chanter mais on réalise vite que cela restera un rêve. Alexandra n’est pas payée pour chanter mais elle paye pour pouvoir le faire, dans un bar vide.
Sean Baker dresse le portrait d’une ville d’ordinaire idéalisée sous un autre angle mais aussi celui d’une famille atypique pleine de rêves.

Margot Douétil

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