Cinéma : coups de cœur du mois d’octobre

Papicha de Mounia Meddour

Alger, années 90. Nedjma, 18 ans, étudiante habitant la cité universitaire, rêve de devenir styliste. À la nuit tombée, elle se faufile à travers les mailles du grillage de la Cité avec ses meilleures amies pour rejoindre la boîte de nuit où elle vend ses créations aux papichas, jolies jeunes filles algéroises. La situation politique et sociale du pays ne cesse de se dégrader. Refusant cette fatalité, Nedjma décide de se battre pour sa liberté en organisant un défilé de mode, bravant ainsi tous les interdits.

Papicha montre que la résistance passe aussi par les vêtements. DR

« Habillez-vous mieux, vous aurez moins de problèmes ». Lors de la décennie noire en Algérie, les femmes qui ne portaient pas de hidjab risquaient leurs vies. Un portrait puissant de jeunes filles qui veulent rester libres malgré la montée des intégristes.

La mode comme moyen de résister

Papicha (بابيشة) « jolie fille » en arabe, c’est une ode à la liberté. Celle d’être femme et de pouvoir s’habiller comme on le souhaite, aller danser, écouter de la musique ou étudier. Ces femmes refusent de se plier à ces lois radicales et veulent défiler malgré les dangers. Les attentats, les intimidations, rien ne les arrête. Nedjma est déterminée à ne pas laisser la haine des radicaux gagner. Elles feront un défilé de mode. Un acte banal, qui pourtant, va mettre leur vie en danger.
Mounia Meddour signe un film militant où les vêtements deviennent une arme pour les femmes.

Joker de Todd Philips

Dans les années 1980, à Gotham City, Arthur Fleck, un comédien de stand-up raté est agressé alors qu’il ère dans les rues de la ville déguisé en clown. Méprisé de tous et bafoué, il bascule peu à peu dans la folie pour devenir le Joker, un dangereux tueur psychotique.

Le Joker, personnage infâme, pourtant avec ce film, on ressent de l’empathie pour lui. DR

Une dystopie qui montre une société sombre où l’argent est roi et où le pouvoir du plus fort l’emporte. Tout ce qu’il y a de plus mauvais dans notre société est décuplé. Et c’est en partie cette société qui crée le Joker. Rien n’excuse ses agissements mais ça explique pourquoi Arthur Fleck est devenu ce personnage infâme, désormais bien ancré de la pop culture.

L’humour au milieu du chaos

Todd Philips – réalisateur connu pour la comédie (Very Bad Trip) – a fait le choix de l’humour. Audacieux, étant donné qu’Arthur Fleck est à la base un clown, rien de bien méchant. Arthur rêve d’être un humoriste et de faire du stand up. Mais l’art clownesque va vite tourner au cauchemar et Arthur Fleck va se transformer en Joker.
Joaquin Phoenix livre une performance exceptionnelle : courbé, la peau sur les os, il se déhanche… il rit. L’acteur crève l’écran dans l’interprétation de ce personnage sombre. Le Joker c’est un film démentiel, à l’image de son personnage et dont le rire vous hantera longtemps.

Matthias et Maxime de Xavier Dolan

Deux amis d’enfance s’embrassent pour les besoins d’un court métrage amateur. Suite à ce baiser d’apparence anodine, un doute récurrent s’installe, confrontant les deux garçons à leurs préférences, bouleversant l’équilibre de leur cercle social et, bientôt, leurs existences.

Xavier Dolan dresse un hymne à l’amitié dans Matthias et Maxime. DR

Un film un peu différent des autres mais pas tant que ça. On reconnaît évidemment les plans incontournables chez Xavier Dolan : des gros plans, des travellings, des paysages ou encore des routes. Le tout agrémenté d’une bande originale comme lui seul sait le faire, alternant entre rock, pop et classique.

Mes amis, mes amours

Le scénario traite des relations entre amis, une sorte de Friends à la québécoise. D’habitude, Xavier Dolan traite des relations familiales – même si la relation mère-fils est brièvement évoquée dans Matthias et Maxime – mais là, la famille ce sont les amis. Ce film est une déclaration d’amour à ses amis, ils les aiment et cela se voit.
L’amour, parlons-en. Xavier Dolan évoque aussi la frontière entre l’amitié et l’amour. Un événement fait ressortir des sentiments enfouis et jamais avoués entre deux amis. Il aborde les tensions que cela crée au sein d’un groupe.
Au final, ce film c’est un feel good movie. Après l’avoir vu, on se sent bien et c’est aussi pour cela qu’on va au cinéma.

Pour Sama إلى سما de Waad al-Kateab

Waad al-Kateab est une jeune femme syrienne qui vit à Alep lorsque la guerre éclate en 2011. Sous les bombardements, la vie continue. Elle filme au quotidien les pertes, les espoirs et la solidarité du peuple d’Alep. Waad et son mari médecin sont déchirés entre partir et protéger leur fille Sama ou résister pour la liberté de leur pays.

Dans Pour Sama, on suit le quotidien sous les bombardements d’une jeune syrienne. DR

Alep dévasté et assiégé. On a dû mal à se dire que ce n’est pas de la fiction. Le sang, les blessés, les corps, les bombardements… Waad al-Kateab filme tout, sans exception. Pendant 1 h 30 de nos petites vies tranquilles, on est plongés dans l’horreur de la guerre en Syrie.

Des images pour raconter

Waad dédie ce film à sa fille, Sama. Un témoignage bouleversant d’une mère à sa fille. Elle lui explique pourquoi elle et son mari ont décidé de ne pas quitter leur pays, malgré les bombardements. Ils ne sont pas les seuls à vouloir rester. Waad interroge le fils d’une de ses amies, il explique qu’il « ne veut pas partir » alors qu’on entend des coups de feu au loin. Il pleure parce qu’il a peur que ses parents décident de quitter la Syrie.
À côté de l’horreur, il y a aussi les moments heureux : le mariage de Hamza et Waad, la naissance de Sama ou encore les vies sauvées.

Mention spéciale : Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma

1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde.

Une histoire d’amour sur fond d’art, dans la Bretagne du XVIe siècle. DR

Sorti en septembre, ce film est un véritable coup de cœur. Céline Sciamma signe un très beau quatrième long métrage. Le regard a une part importante dans ce film. Déjà, la réalisatrice nous offre son female gaze : un regard de femme sur les femmes. Mais il y a aussi tous ces différents regards entre les deux personnages principaux : les regards en coin, ceux échangés, le regard sur la passion ou encore celui d’une femme amoureuse et celui d’une femme aimée.

Tableau d’une histoire d’amour

À l’écran, c’est un plaisir pour les yeux. L’esthétisme est soigné, chaque plan et chaque couleur sont comme un tableau où Adèle Haenel et Noémie Merlant brillent. Un duo sublimé à travers son scénario : une histoire d’amour, une vraie.
Le rapport à l’art est bel et bien présent dans ce film. Déjà parce qu’on voit les tableaux en train d’être peints. Mais aussi, parce qu’on apprend à connaître Héloïse, interprétée par Adèle Haenel, en même temps que Marianne (Noémie Merlant). Enfin, c’est aussi un portrait de l’amour entre Héloïse et Marianne.
En résumé, Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, c’est l’art et l’amour réunis dans un tableau sur grand écran.

Margot Douétil

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