52 movies by women challenge : des femmes et des caméras

Chaque année, c’est la même rengaine. Les festivals et les cérémonies semblent complètement oublier que, oui, les femmes sont aussi présentes derrière la caméra. Dans l’histoire des Oscars, une seule femme a gagné la statuette pour meilleure réalisatrice, Kathryn Bigelow en 2010 pour Démineurs. Aux Césars et au festival de Cannes, le décompte n’augmente pas.

L’année dernière, j’ai voulu me lancer un défi que j’avais aperçu sur Twitter : le 52 movies by women challenge. L’idée est de regarder, en un an, 52 films réalisés par des femmes, soit autant qu’il y a de semaines dans l’année. Manque de temps, je n’avais atteint que 36 films. Cette année, je retente le coup. Voilà donc une liste des meilleurs films réalisés par une femme que j’ai vus depuis le début de l’année.

Can you ever forgive me ? de Marielle Heller

Dans ce biopic, Melissa McCarthy campe le rôle de Lee Israel. Auteure américaine connue principalement pour ses biographies, Israel est dans une phase difficile. Elle manque d’argent, manque d’inspiration et de bon caractère. Pour payer son loyer et nourrir son adorable chat, elle se met à contrefaire des lettres d’écrivains et de célébrités décédées. Au départ temporaire, cette manigance prend rapidement des proportions qui dépassent Israel.

Adapté du mémoire de Lee Israël, publié en 2008 et aussi intitulé Can you ever forgive me ?, ce film réussit brillamment son coup. Melissa McCarthy, pourtant habituée aux rôles comiques, donne la performance de sa carrière. Complètement transformée, elle arrive à nous faire rentrer dans la tête de son personnage : ses peurs, son manque de confiance en elle et sa solitude. Lee Israël n’est pas une bonne personne, ce qui rend le film d’autant plus intéressant. Il ne s’agit pas de dépeindre une héroïne mais simplement une femme ne manquant pas de complexité.

N’oublions pas de mentionner Richard E Grant, une force de nature dans un second rôle incroyable. Alors courrez voir ce film que ça soit pour le chat, pour les personnages principaux LGBT+ ou tout simplement parce que vous êtes passionné par la contrefaçon.

The Party’s Just Beginning de Karen Gillan

Principalement connue pour son rôle d’Amy Pond dans la série Doctor Who ou de Nebula dans le Marvel Cinematic Universe (MCU pour les fans), Karen Gillan signe avec The Party’s Just Beginning son premier long métrage derrière la caméra.

Gillan y joue le rôle de Liusaidh (Lucy pour les non écossais), une jeune femme de 24 ans. Liusaidh vit toujours chez ses parents, travaille au rayon fromage d’un supermarché, se soûle tous les soirs et couche avec le premier homme venu. Clairement, elle ne va pas bien et les raisons de son comportement se révèlent dans une série de flashbacks. L’anniversaire du suicide de son meilleur ami arrive à grand pas. Après ce traumatisme, Liusaidh s’est tournée vers l’alcool et le sexe.

Pour un long-métrage avec des sujets aussi lourds que la dépression, le deuil, l’autodestruction et le suicide, Gillan s’en sort bien. Sa performance dans le rôle principal est tout simplement incroyable, elle porte le film sur ses épaules. Avec un début aussi prometteur, espérons qu’elle repasse bientôt derrière la caméra.

Skate Kitchen de Crystal Moselle

Des filles qui font du skate ? Incroyable mais vrai derrière la caméra de Crystal Moselle. Pour son deuxième long-métrage, la réalisatrice nous emmène dans la vie d’un groupe d’adolescentes new-yorkaises.

Camille (Rachelle Vinberg) habite dans la banlieue de New-York. Bien seule, elle ne lâche pas son skate, ce que sa mère a du mal à comprendre. Sa vie change drastiquement lorsqu’elle rencontre un groupe de jeunes skateuses. Les Skate Kitchen sont cools, jeunes, intrépides et postent leurs exploits sur Instagram. Avec elles, Camille découvre la liberté, les premiers amours mais surtout, la sororité. Habituée à la solitude, elle s’intègre dans ce groupe d’amies qui parle de tout : les règles, les tampons, la sexualité avec les filles ou les garçons. Ce beau portrait de l’adolescence a été inspiré par des vraies skateuses que Crystal Moselle a rencontrées par hasard, dans le métro. Skate Kitchen est d’ailleurs le nom d’un collectif qui existe bel et bien.

Tout n’est pas parfaitement exécuté : l’ébauche d’histoire d’amour avec Devon (Jaden Smith) est, à mon avis, inutile. Mais ce film est plein de fraîcheur, réaliste et beau à voir. Une scène en particulier reste en tête. Les Skate Kitchen sont en pleine action dans les rues de New-York. Sur leur skate, les cheveux au vent, elles ont l’air de superhéroïnes. Une petite fille se retourne et les regarde, toute émerveillée. De quoi inspirer la prochaine génération de skateuses.  

The Rider de Chloé Zhao

Snobé aux Oscars, The Rider de Chloé Zhao a pourtant beaucoup été encensé. Elle y raconte l’histoire de Brady (Brady Jandreau), une star montante du rodéo qui voit sa carrière prendre un frein après un tragique accident de cheval. Les compétitions lui sont interdites et le cowboy doit alors trouver une nouvelle raison de vivre.

Mais cela n’est pas aussi simple que ça. Brady doit travailler pour supporter sa famille: une petite sœur autiste et un père qui aime un peu trop les machines à sous. Le rodéo, sport très viril, lui manque. Comment peut-il rester un homme, un vrai, sans ?

Le jeu de Brady Jandreau est sans faute. Il nous emmène dans l’esprit de son personnage, ses craintes, sa douleur, et surtout, son développement personnel. La question de la masculinité, surtout dans l’Amérique profonde, est centrale. La photographie joue évidemment un rôle crucial : les paysages sont juste à couper le souffle. Chloé Zhao signe un film réaliste et intime sur un sujet qui, à l’origine, m’ennuie profondément. Une agréable surprise.

Booksmart d’Olivia Wilde

Les teen movies se succèdent et on ne va pas se mentir, se ressemblent souvent énormément. Pourtant dès la première bande annonce de Booksmart, Olivia Wilde, pour son premier film en tant que réalisatrice, a réussi à attirer l’attention et à se démarquer.

Le long métrage suit Molly (Beanie Feldstein) et Amy (Kaitlyn Dever) deux lycéennes et meilleures élèves de leur classe. Pendant toute leur scolarité, le duo ne s’est concentré que sur une seule chose : les notes. Mais voilà qu’arrive la remise des diplômes et les deux amies réalisent qu’elles auraient dû profiter plus de leurs années lycée. Traduction : faire la fête, se trouver un-e petit-e ami-e, expérimenter. Elles décident de rattraper le temps perdu en…une soirée.

Ce qui fait le charme de Booksmart est son authenticité, sa fraîcheur. Certains personnages comme celui de Billie Lourd sont absurdes et en résultent des scènes hilarantes. Olivia Wilde se défait des archétypes habituels des adolescents et donne la voix à des personnages qui manquent sur nos écrans. Un de mes coups de coeur de l’année.

Marine Langlois

Un commentaire Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s